1988-1991
C'est donc en 1988, avec à nouveau musiciens et sudio français, que Véronique met en chantier un album plus percutant, tant dans les musiques que dans les textes, incisifs et engagés, qui inspireront le titre Moi, le venin. Une chanson se détache, mais sa réalisation trop “sansonnienne” est jugée pas assez au goût du jour par la maison de disque, qui suggère de la faire réenregistrer par le producteur alors au sommet de la variété française : Michel Berger. Allah sera donc l'occasion de belles retrouvailles artistiques, et cartonnera en radio, avant de s'attirer les foudres de quelques prétendus fondamentalistes musulmans. En pleine affaire Salman Rushdie, des menaces de mort explicites contraignent Véronique à retirer son nouveau tube du programme de l'Olympia qu'elle donne au début de l'année 1989, avec une équipe musicale resserrée, mais diablement efficace. Le quatrième album public présentera un morceau inédit créé sur la scène de l'Olympia : Je les hais
Il est publié à la fin de l'année, alors qu'un quintette de choc s'apprête à parcourir la France au nom des Restaurants du Cœur : la Tournée d'Enfoirés, première du genre, réunit, par ordre d'entrée en scène, Jean-Jacques Goldman, parrain de l'opération depuis la disparition de Coluche, Michel Sardou, Eddy Mitchell, Véronique Sanson et Johnny Hallyday.
Une année 1989 bien riche qui est pourtant loin d'être terminée : du 26 au 31 décembre, Véronique installe les 82 musiciens de l'Orchestre Fisyo de Prague sur la magnifique scène du Théâtre du Châtelet, pour une relecture inédite des plus belles pages de son répertoire. La ferveur des répétitions, quelques semaines plus tôt, au cœur d'une Prague en pleine Révolution de Velours, ajoute encore à la magie du spectacle ; le disque et la video Symphonique Sanson s'arracheront l'année suivante. Les musiciens praguois feront à nouveau le voyage pour une tournée à l'automne 1990, puis pour une dernière soirée échevelée au vent atlantique des Francofolies de La Rochelle le 13 juillet 1991.
Véronique terminera cette même année par quelques concerts seule au piano à l'étranger ; pour une fois, le public est plus chanceux loin de France, où les dates dans cette formule pourtant magique se comptent sur les doigts d'une main. Pour être tout à fait complet, il faut rajouter au programme de cette année 1991 la sortie du film Le Bal des Casse-Pieds, écrit par Jean-Loup Dabadie et tourné par Yves Robert, unique participation cinématographique de Véronique si on excepte un court-métrage réalisé par Boris Bergman en 1982.
1992-1996
Véronique retrouve Bernard Saint Paul, qui va régner sur sa production discographique pendant les 14 années suivantes. Pour casser la routine, il lui propose de renouer avec les musiciens et les studios californiens, et lui présente un jeune arrangeur de talent : Hervé Le Duc. Le mythique bassiste Leland Sklar, qui avait en son temps officié sur quelques titres du Maudit, et désormais complice habituel de Phil Collins, fera figure de patriarche pour un band de jeunes pointures. Puisque Véronique connaît à nouveau quelques difficultés d'inspirations, elle décide de donner une nouvelle jeunesse à des titres oubliés, tirés de son premier 45 tours ou de ceux qu'elle avait composés pour Isabelle de Funès. Seuls les fans les plus fervents savent alors que Panne de Cœur, Mon Voisin, Le Feu du Ciel… ont plus de vingt ans. Ces anciennes chansons revisitées éclipsent un peu les quatre nouvelles que Véronique a composées, et qui sont pourtant parmi les plus belles de son répertoire (Sans regrets, Les Hommes, Louise, Visiteur et voyageur). Et comme c'est décidément l'année des retours, Bernard Swell offre à Véronique une musique dont elle pressent tout le potentiel, et sur laquelle elle écrira avec lui le texte de Rien que de l'eau. Tant de retours aux sources vont paradoxalement faire de Sans regrets un des albums les plus innovants de Véronique, et amener à elle toute une jeune génération conquise par ce son radicalement renouvelé et emporté par la déferlante Rien que de l'eau.
Une ère nouvelle s'ouvre, d'autant plus symboliquement que cette année est aussi marquée par la brutale disparition de Michel Berger en août 1992. Pour exorciser son chagrin, et maintenir au-delà de la mort le lien secret qui les unissait en chansons, Véronique va commencer à mettre à son répertoire de scène les titres de Michel. Elle chante Quelques mots d'amour pour la première fois dès le mois de septembre à l'occasion du premier concert au profit de l'association Sol En Si, puis Seras-tu là ? est enregistré sur l'album Zénith 93, où Véronique donne un show explosif une semaine à guichets fermés, quelques jours après avoir reçu sa première Victoire de la Musique.
Les tournées vont s'enchaîner pendant plus de trois ans, dans toutes les grandes salles de France, de Belgique, de Suisse, du Québec, avec un retour à l'Olympia en 1994 et deux soirées exceptionnelles, pleines de rencontres attendues ou étonnantes. Le 14 juillet 1994, au cœur d'une imposante tournée d'été, la Fête à Véronique Sanson réunit autour d'elle aux Francofolies de La Rochelle, une dizaine d'artistes masculins (Marc Lavoine, Les Innocents, I Muvrini, Michel Fugain, Alain Chamfort, Paul Personne…) et donnera lieu au disque et à la video Comme ils l'imaginent, où Véronique grave enfin Quelques mots d'amour, en conclusion aux duos et aux réinterprétations de ses titres. L'événement lui vaudra une deuxième victoire de la musique. Enfin, le 12 octobre 1996, une soirée au Palais des Sports où elle s'entoure de Catherine Lara, Patrick Bruel, Murray Head, et de quelques uns des compagnons déjà présents à sa fête en 1994, met un point final à cet épisode de quatre ans et demi qui aura vu Véronique battre tous ses records de vente d'albums et de places de concerts, auréolée de plusieurs disques de platine.