À propos de
Toute une vie sans te voir
de CHRISTIAN D., le 22 juin 2011 à 18:45
Chère Véronique,
cette lettre n'est pas tout à fait le courrier de l'un de vos innombrables fans. Je ne possède pas, comme tous vos admirateurs, l'ensemble de vos disques, ne connais pas, loin s'en faut, toutes vos chansons, et j'espère vivement ne pas être trop discourtois en vous avouant cela. Je voulais vous dire que je viens, ce matin-même, d'entendre l'une de vos anciennes chansons : Toute une vie sans te voir. Somptueuse chanson que j'ai souvenir d'avoir entendue, à sa sortie, d'une oreille hélas un peu distraite à l'époque. Je devais avoir autour de 20 ans.
Depuis, la vie a fait son œuvre et ses aléas parfois cruels ont un peu humanisé, « sentimentalisé » le primate égoïste et fier que j'étais alors. La preuve, 30 ans après, les mots bouleversants de cette chanson m'ont enfin touché en plein coeur. Et à un point que ne pouvez imaginer. « Il était temps ! » allez-vous me dire. Oui, il était grand temps, en effet, que je réalise toute l'ampleur de votre talent. Et bien qu'il y ait peu de chances pour que cette soudaine révélation vienne changer la face du monde, j'avais envie de vous en faire part. Fallait-il que je sois sourd, et bête, durant toutes ces années pour ne m'en rendre compte que maintenant ! J'ai honte. Ce que je voulais surtout vous dire, Véronique, c'est que, au-delà de me ramener à ma propre histoire, de m'inviter à m'attendrir sur mes propres blessures et mon misérable sort, cette chanson déchirante m'a surtout amené à penser à vous. Car vos admirateurs, dont je suis désormais, peuvent bien s'accaparer vos textes et votre voix, prendre à leur compte vos mots et vos déchirures, se voir à travers vous, pleurer, grâce à vous, sur eux-mêmes, cette chanson est évidemment la vôtre. Et bien que traversant moi-même une période douloureuse - que ce texte illustre avec une vérité et une beauté inouïe -, c'est donc surtout pour vous que j'avais, en l'écoutant, le coeur serré. Au point d'en avoir les larmes aux yeux. De sangloter comme un enfant. Et je n'ai pourtant pas la larme facile.
Comme vous avez dû souffrir, Véronique, pour écrire de telles phrases. C'est monté en moi, tout à l'heure, comme une bouffée, une vague irrépressible en écoutant votre voix (votre voix qui, alors qu'elle semble appliquée, comme contenue par la dignité et la pudeur durant toute la chanson, se fêle à fendre l'âme sur le dernier refrain) ; j'avais envie de vous serrer dans mes bras, de vous étreindre et de vous embrasser comme on embrasse une petite fille qui souffre d'avoir été abandonnée, de vous réconforter - sans espoir d'y parvenir, bien sûr - mais d'être là, à vos côtés, de vous dire que vous n'êtes pas seule. C'est bête, je sais. Sans compter que des milliers de courriers vous ont sans doute dit la même chose bien avant le mien.
Du coup, je me sens un peu ridicule de vous avouer ces choses. Pour autant, j'ignore exactement pourquoi, je me devais de le faire. C'était impérieux. Tant pis si tout le monde l'a clamé avant moi : sans vous connaître, et en dépit de vos manies de star et des excès qui vont avec, je suis sûr, en écoutant votre voix, sa chaleur, sa profondeur, son humanité, et à la façon dont vous ressentez les choses et les exprimez, que vous êtes quelqu'un de formidable, Véronique. Au-delà de vos talents multiples et immenses, ce qu'on devine de vous, de votre personnalité, de votre âme et de vos blessures, à travers cette chanson, révèle une femme formidablement attachante, bouleversante. Un être qu'on rêverait de croiser ne serait-ce qu'une fois dans sa vie. Permettez que, au moins par écrit, et avec le plus grand respect, je vous serre très fort dans mes bras. C'était finalement l'objet de ce courrier.
Je vous souhaite longue vie et tout l'amour que vous méritez et que vous méritiez. Et plus encore. Christian.
PS : de la manière la plus péremptoire qui soit, j'ajoute ceci : sans faire partie de ceux qui savent tout de vous et de vos chansons, j'ai, comme tout le monde, entendu cent fois vos grands standards. Et j'affirme que vous êtes, de loin, le plus grand - peut-être même le seul véritable - artiste pop-rock français. Je dis « LE plus grand », parce que j'y inclus les mâles, vous l'aurez compris. En disant ça, je crains fort d'arriver encore une fois après la bataille, mais il fallait que je le proclame à mon tour. Je vous embrasse.